Expédition de Carthagène (1697)

L’expédition de Carthagène du 2 mai 1697 est le dernier engagement majeur entre le Royaume de France et le Royaume d’Espagne avant le traité de Ryswick en 1697. Ce raid est un succès total pour le chef d’escadre Jean-Bernard de Pointis et son commanditaire, l’amiral Jean-Baptiste Du Casse, gouverneur français de Saint-Domingue.

Développement

La guerre de Neuf Ans touche à sa fin et son issue reste indécise. La marine britannique, la Royal Navy, a pris une grande avance sur la Marine Royale de Louis XIV, et le roi de France cherche à remporter un succès naval, afin de pouvoir signer le traité de Ryswick, avec les Espagnols en position de force.

De son côté, ce traité permet à l’Espagne de mettre fin à l’incertitude qui pèse sur son Empire espagnol. L’expédition de Carthagène est aussi un moyen pour Louis XIV d’obtenir un territoire qu’il convoite : la partie occidentale de Saint-Domingue, qui lui permet de créer la Compagnie de Saint-Domingue en 1698, et la Compagnie de Guinée, confiée à son proche financier Antoine Crozat.

Le roi se joint à l’expédition en fournissant sept navires et trois frégates. L’escadre quitte Brest le 7 janvier 1697 et arrive à Saint-Domingue le 3 mars. Jean-Bernard de Pointis persuade l’amiral Jean-Baptiste Du Casse de se joindre à eux, malgré ses craintes et la difficulté de rejoindre les filibusters. Ducasse espère prendre Portobelo pour traverser l’isthme de Panama, mais de nombreux filibusters considèrent que Carthagène des Indes est trop éloignée.
Joseph d’Honon de Gallifet, qui succède à Du Casse en 1700, est l’un des acteurs de l’expédition de Carthagène à la tête de «110 volontaires coloniaux», assistés de «180 noirs libres» sous la direction de Jean-Joseph de Paty.

Début mars, la flotte appareille du port de Petit-Goave à Saint-Domingue et aperçoit Carthagène des Indes à la fin du mois, avec 1 200 hommes venus de Brest accompagnés d’environ 650 flibustiers et boucaniers.

Ils se présentent devant la ville le 13 avril 1697. Les Français débarquent deux jours plus tard à Boca Chica. Ils assaillent le château de San Luis de Bocachica, héroïquement défendu par Don Sancho Jimeno avec seulement 139 soldats et esclaves, qui se rend le 16 avril, fermant l’entrée de la baie. Le 20 avril, les Français attaquent la ville, qui se rend rapidement et paie une rançon de 9 millions de livres, ce qui n’empêche pas les Français de piller la ville.

Le 6 mai 1697, les Français entrent dans la ville et la pillent jusqu’au 24 mai, avec un butin estimé entre 10 et 20 millions de livres. Le butin est d’abord réparti équitablement, mais certains des 650 filibusters et boucaniers considèrent que la répartition n’est pas équitable et se livrent à un second pillage de la ville.
Environ 2 millions devaient revenir aux filibusters selon le pacte conclu avec eux le 22 mars 1697, à bord du vaisseau amiral, rénové plus tard dans le porche de leur église de Petit-Goave, à l’ouest de Saint-Domingue. Il n’y a donc qu’un équilibre des forces militaires, décision qui s’explique par la présence de 1 200 soldats français, majoritaires dans l’expédition.

Les filibustiers s’étonnent que Jean-Bernard de Pointis quitte la terre espagnole alors qu’il avait promis que Du Casse en deviendrait le gouverneur. Le retour en France se fait avec la fièvre jaune, qui décime peu à peu les navires, tout comme elle a détruit une bonne partie des Écossais dans le projet Darien la même année, à une centaine de kilomètres plus au sud.

Les maladies tropicales font facilement des ravages au sein d’un grand corps expéditionnaire venu d’Europe. Le nombre de soldats augmente les chances que le virus se nourrisse d’un organisme plus vulnérable que les autres et se propage ensuite dans la troupe, un phénomène qui se produira un siècle plus tard dans les rangs français de l’expédition de Saint-Domingue, pourtant préparée par des officiers connaissant les colonies.

Plusieurs des filibusters français ne reviennent pas à Saint-Domingue, préférant mettre le cap sur la Réunion, sur et autour de l’île d’Or, où le projet Darien vient d’échouer. Trois navires filibusters s’échouent sur le continent près de Carthagène et sont pris par les Espagnols, quatre autres sont capturés par les Britanniques et ramenés à la Jamaïque.
Du Casse lui-même fait état de bonnes relations entre les Indiens du Darien et les filibusters français, car il avait proposé au roi de France d’y établir une colonie, mais en avait été dissuadé par le ministre de la Marine, qui craignait qu’une si jeune Louisiane ne suscite la fureur des Espagnols.

Le duc de Saint-Simon a décrit l’expédition avec précision et insistance dans ses mémoires, comme suit
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